d'Anton Tchekhov

 

Serge Lipszyc propose une randonnée en « Tchekhovie » autour des deux œuvres emblématiques : Un Platonov et Trois sœurs, avec une même équipe artistique. Ce diptyque tend un arc entre une pièce de jeunesse, Un Platonov d’un côté créé en mars 2007 au Théâtre – Scène conventionnée d’Auxerre, et l’aboutissement d’une recherche, une forme aboutie, Trois sœurs de l’autre. La scénographie ingénieuse et légère permet rapidement de passer d’une pièce à l’autre. Serge Lipszyc nous entraîne dans un voyage ou plutôt une traversée initiatique de l’œuvre du plus grand dramaturge contemporain

 

 

Mise en scène : Serge Lipszyc et Franck Berthier

Scénographie : Sandrine Lamblin

Adaptation : Valérie Durin et Serge Lipszyc

Création lumières : Jean-Louis Martineau

 

Randonnée en « Tchekhovie »

J'ai commencé mon voyage à l'envers. Par Ivanov que j'ai mis en scène et joué en pleine nature corse et que j'ai repris ensuite en salle dans le plus grand dépouillement. Cette aventure m'a profondément modifié ; dans mon rapport au théâtre et à l'art en général. Jouer Tchekhov implique un travail d'équipe, un investissement d'acteur particulier en rien comparable aux autres .

J'ai joué Ivanov de 2001 à 2004 et j'ai appris à désapprendre. On ne sait rien. Tchekhov m'a appris a remettre sans cesse les certitudes en cause.

Un heureux coup du sort m'a fait redécouvrir cette pièce. Franck Berthier m'a proposé de jouer Borkine dans sa propre mise en scène d'Ivanov et je suis reparti un an durant dans cette œuvre jumelle de Platonov et cela n'a fait que renforcer mon désir de retourner à la génèse.

 


 

Un Platonov

Distribution

Anna Pétrovna Voïnitséva, jeune veuve, générale : Valérie Durin

Serguéï Pavlovitch Voïnitsev, fils du général Voïnitsev, né d’un premier mariage : Pierre Ficheux

Sofia Iégorovna, son épouse : Juliane Corre

Porfiri Sémionovitch Glagoliev, Banquier : Patrick Palméro

Kirill Porfiriévitch Glagoliev, son fils : Sylvain Méallet

Maria Efimovna Grékova, une jeune femme : Judith D’Aleazzo

Ivan Ivanovitch Triletski, colonel en retraite : René Jauneau

Nikolaï Ivanovitch Trileski, son fils, médecin : Bruno Cadillon

Abram Abramovitch Venguérovitch, Juif aisé : Gérard Chabanier

Isaak Abramovitch Venguérovitch, son fils, étudiant : Julien Léonelli

Timofeï Gordéïévitch Bougrov, Marchand : Stéphane Gallet

Mikhaïl Vassiliévitch Platonov, instituteur rural : Serge Lipszyc

Alexandra Ivanovna (Sacha), son épouse : Catherine Ferri

Ossip, voleur de chevaux : Marc Ségala

« Platonov est la meilleure expression de l'incertitude de notre époque »

Ne pas faire un Platonov de plus ( de trop petite note d'humour et il en faut pour Tchekhov), éviter la théâtralisation , se mettre en jeu permanent, ne pas se réfugier dans du savoir-faire, se brûler certainement et essayer de comprendre le pourquoi d'une attirance indescriptible pour ce personnage et cette pièce-fleuve. Voilà énoncé de manière débridée quelques pistes qui me conduisent, je dirais fatalement à cette partition.

Je souhaite amener toute l'équipe de comédiens sur ce chemin du trouble et effacer les archétypes de la représentation théâtrale.

Pas de costumes, une adaptation ancrée dans notre temps, une scène singulière ressemblant à un ring, des comédiens noyés au milieu des spectateurs qui entourent le plateau, tout doit contribuer à effacer la distance .

Miroir à peine déformé de nos propres existences, « Un Platonov » sera donnée dans un grand espace en bois sur lequel se déroulera le jeu. Un espace vide, intérieur ou extérieur selon les besoins, quelques accessoires, de la lumière. La jauge que le dispositif scénique réduit à 300 spectateurs permet la confidentialité que réclame le théâtre de Tchekhov.

Nous sommes témoins , complices, rats de laboratoire.Tchekhov parle de nous. Pas de héros. Rien que de l'humanité. Tchekhov voulait de la simplicité avant tout. Un Platonov de « quadras » qui nous questionne sur le monde d'aujourd'hui. La perte de repères, la peur du lendemain, la navalisation du passé , tout cela nous constitue au quotidien, nous rend parfois drôles, touchants mais également pathétiques.

Jouer Platonov, c'est chercher le creux, la face sombre du fanfaron, questionner le séducteur d'opérette et mettre à jour l'être irresponsable, touchant mais également dangereux.

C'est questionner le vide, miroir de nos vies .

Cela doit être drôle, risible et triste à en crever.

Platonov, ce n'est pas que « être sans père » et sans repère, c'est je le crois surtout profondément l'absence de mère. Cela se lit dans son rapport aux femmes. Cela se lit dans toutes ses pièces. Platonov, court désespérement après la sienne. Les femmes constituent sa quête, dérisoire et pathétique, dévoilant son immaturité et son inadaptation au monde. C'est pour moi un frère de théâtre que j'ai envie de questionner. Histoire d'apprendre à vivre. Après tout , c'est cela aussi le théâtre: ça aide à vivre.

Serge Lipszyc

Production : La Compagnie du Matamore

 

la compagnie du matamore est conventionnée par le Ministère de la Culture Drac Ile­de-France et a bénéficié à maintes reprises de l'aide du Conseil Général des Yvelines et du Conseil Régional dile-de-France par lIntermédiaire de Thécif (actuellement ARCADI). La compagnie est également soutenue par la Région Ile de France dans le cadre du dispositif d'aide à la permanence artistique.

 

 


 

 

Trois sœurs

Leur père est mort il y a tout juste un an et avec lui l’enfance. Comment survivre ? Trois filles de général, isolées dans une petite ville militaire de province, idéalisent leur enfance. Elles rêvent de Moscou, leur ville natale, encensent les militaires, idéalisent une vie culturelle riche, une vie amoureuse pleine, une vie de travail passionnant.

Et, sans papa,  la vraie vie, ça ressemble à quoi?

 

«Trois Sœurs, c’est un opéra. Rien ne manque, tout est en place, la partition parfaite.

Et comme à l’opéra, on doit entendre avant tout la musique.

Pas de parti pris novateur, une juste volonté de faire entendre le texte, les silences, le vide.

La musique de Tchekhov n’est pas mièvre. Elle est violente, rugueuse, drôle, subtile et âpre. La musique de Tchekhov, c’est la vie qui s’écoule, les rêves qui s’étiolent, les rires qui se figent, le temps qui dévore, la mort qu’on attend.

Et pareillement à Platonov, cela doit être drôle, risible et triste à en crever.

Tchekhov nous donne à entendre et à voir le miroir à peine déformé de nos existences.

Le tragique perce sous le quotidien.

Du rire aux larmes, de la fête au drame et pour finir l’oubli ».

Serge Lipszyc

 

 

 

 

Les personnages

ANDREÏ Sergueïevitch Prozorov : Stéphane Gallet

NATALIA Ivanovna (NATACHA, sa fiancée puis sa femme) : Juliane Corre 

OLGA: Catherine Ferri

MACHA : Valérie Durin

IRINA (Ses sœurs) : Elsa Rosenknop

Fiodor Ilitch KOULYGUINE (professeur au lycée et époux de Macha) : Gérard Chabanier

Aleksandr Ignatievitch VERCHININE (lieutenant-colonel, nouveau commandant de batterie) : Serge Lipszyc

Baron Nikolaï Lvovitch TOUZENBACH (lieutenant) : Julien Leonelli

Vassili Vassilievitch SOLIONY (capitaine d'état-major) : Sylvain Méallet

Ivan Romanovitch TCHEBOUTYKINE (médecin militaire): Patrick Palmero

Alekseï Petrovitch FEDOTIK (lieutenant) : Pierre Ficheux

 

Feraponte (employé du conseil municipal) : Marc Ségala

Anfissa (nourrice) : Michèle Gaulupeau

Mise en scène Serge Lipszyc

Scénographie Sandrine Lamblin

Adaptation Valérie Durin et Serge Lipszyc

Création lumières Jean-Louis Martineau

Production : La Compagnie du Matamore

 

La compagnie du matamore est soutenue par le Ministère de la Culture Drac Ile-de-France et a bénéficié à maintes reprises de l’aide du Conseil Général des Yvelines et du Conseil Régional d’Ile-de-France par l’intermédiaire de Thécif (actuellement ARCADI). La compagnie est également soutenue par la Région Ile de France dans le cadre du dispositif d’aide à la permanence artistique.

 

« Je voulais simplement dire aux gens en toute honnêteté : regardez-vous, voyez comme vous vivez mal et dans l’ennui. L’important c’est que les gens comprennent. Quand ils auront compris, ils se créeront, à coup sûr, une vie meilleure »

Anton Tchekhov

 

A propos de “Trois sœurs”

Pour Serge Lipszyc, metteur en scène du Matamore, la compagnie qui boucle ici quatre années de résidence, Tchekhov  nous questionne « sur le bonheur que nous avons souvent à portée de main et que nous ne saisissons pas ». Mais que l’on ne s’y trompe pas. La pièce est « bourrée de vie ». Et pleine d’humour.

Le Matamore termine sa résidence à Auxerre avec Trois sœurs, d’Anton Tchekhov. Pour vous, ce ne doit pas être neutre de boucler ce compagnonnage avec cette pièce ?

Serge Lipszyc : Je l’ai jouée il y a vingt ans à l’école Dullin, en travail d’atelier avec Yves Kerboul qui fut le maître de théâtre de beaucoup d’entre nous. Il est décédé l’an dernier alors que je travaillais en stage sur les trois sœurs. Reprendre ça vingt ans plus tard, ce sont donc des hasards qui n’en sont pas. A l’époque, je n’avais sans doute pas réellement compris ce que je jouais. Mais aujourd’hui, alors que j’ai  beaucoup voyagé avec l’auteur (Ivanov, Platonov, Oncle Vania), j’ai eu envie de mettre Trois sœurs en scène.

C’est quoi, cette histoire de hasards qui n’en sont pas ?

Je viens de me rendre compte que j’ai quasiment mis en scène tous les textes que j’ai travaillés à l’époque, quand j’étais élève chez Dullin. Terminer ainsi, avec Trois sœurs, ça marque notre départ après quatre ans de résidence. C’est la fin d’un cycle.

S’il fallait résumer les intentions, la thématique de la pièce ?

La thématique de la pièce, elle est universelle. Rester, partir, rêver d’ailleurs et finalement renoncer. Tchekhov nous questionne sur le bonheur que nous avons souvent à portée de main et que nous ne saisissons pas.

On va encore dire : c’est noir, c’est triste…

Mais c’est bourré de vie. Il y a beaucoup d’humour dans Tchekhov. C’est tout le problème de cet auteur. Il est drôle mais on ne lui rend pas. Je le cite : « Vous dîtes que vous avez pleuré en voyant mes pièces. Et vous n’êtes pas le seul. Mais je ne les ai pas du tout écrites pour cela; c’est Stanislavski qui les a rendues si larmoyantes...Je voulais autre chose...Je voulais simplement dire honnêtement aux gens : regardez-vous, regardez comme vous vivez mal.

Y a-t-il de quoi pleurer? ».

Certains y voient du romantisme, visiblement pas vous

Non, c’est tout sauf du romantisme. C’est de la vie avant tout, et du temps qui passe. D’ailleurs, la pièce se déroule sur cinq ans. Ca commence le jour d’un anniversaire, celui d’Irina la plus jeune des sœurs et ce jour est aussi  celui de la fin du deuil du père. C’est la fin d’une époque et l’espérance en l’avenir.

D’Assiégées à Platonov, vous nous avez à chaque fois surpris dans vos mises en scène. Cette fois, ce sera comment ?

Monter aujourd’hui Trois sœurs avec 14 comédiens, ce n’est même pas raisonnable. Aussi je vais aller à l’essentiel, au jeu, faire la part belle aux acteurs et laisser le spectateur imaginer ce que pourraient être cette datcha de province et ces bois de bouleaux. Pas de réalisme. J’aime les esquisses et je veux avec cette mise en scène qui sera malheureusement la dernière de la compagnie avec autant de monde sur scène aller au bout de mes convictions artistiques.

«  Fermez les yeux et imaginez ». Il n’y a rien de plus beau au théâtre.

En quoi la pièce « Trois sœurs » se démarque des précédentes ?

Elle est différente car elle est très ciselée. Trois ans d’écriture acharnée pour les acteurs du théâtre d’Art de Moscou, des acteurs qu’il connaissait. Platonov, joué l’an dernier, est une matière brute dans laquelle on peut puiser, une pièce de jeunesse. Tchekhov a 40 ans quand il écrit Trois sœurs, l’âge de la maturité. C’est pour moi un véritable opéra.

Et en quoi elle leur ressemble ?

Le point commun, c’est toujours cette quête perpétuelle du bonheur. Ca nous parle de gens qui s’empêchent de vivre. «  La  pierre, il n’y a rien qui l’empêche, c’est elle l’empêchement » disait Platonov. Quelle lucidité !

 

 

 

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