Un Platonov

Note d’intention

Jouer Tchekhov implique un travail d’équipe, un investissement d’acteur particulier en rien comparable aux autres .

Eviter la théâtralisation, se mettre en jeu permanent, ne pas se réfugier dans du savoir-faire, se brûler certainement et essayer de comprendre le pourquoi d’une attirance indescriptible pour ce personnage et cette pièce-fleuve. Voilà énoncer de manière débridée quelques pistes qui m’ont conduit, je dirais fatalement, à cette partition.

Je souhaite amener toute l’équipe de comédiens sur ce chemin du trouble et effacer les archétypes de la représentation théâtrale.

Pas de costumes, une adaptation ancrée dans notre temps, une scène singulière ressemblant à un ring, des comédiens noyés au milieu des spectateurs qui entourent le plateau, tout  contribue à effacer la distance. Miroir à peine déformé de nos propres existences, « Un Platonov » est donné dans un grand espace en bois sur lequel se déroule le jeu. Un espace vide, intérieur ou extérieur selon les besoins, quelques accessoires, de la lumière. 

Nous sommes témoins , complices, rats de laboratoire. Tchekhov parle de nous. 

Pas de héros. Rien que de l’humanité. Tchekhov voulait de la simplicité avant tout. 

Un Platonov de «  quadras » qui nous questionne sur le monde d’aujourd’hui. 

La perte de repères, la peur du lendemain, la sacralisation du passé , tout cela nous constitue au quotidien, nous rend parfois drôles, touchants mais également pathétiques.

Jouer Platonov, c’est chercher le creux, la face sombre du fanfaron, questionner le séducteur d’opérette et mettre à jour l’être irresponsable, touchant mais également dangereux. 

C’est questionner le vide, miroir de nos vies . 

Cela doit être drôle, risible et triste à en crever. 

Platonov, ce n’est pas que « être sans père » et sans repère, c’est je le crois surtout profondément l’absence de mère. Cela se lit dans son rapport aux femmes. Cela se lit dans toutes ses pièces. Platonov court désespérément après la sienne. Les femmes constituent sa quête, dérisoire et pathétique, dévoilant son immaturité et son inadaptation au monde. 

C’est pour moi un frère de théâtre que j’ai eu envie de questionner. Histoire d’apprendre à vivre. Après tout , c’est cela aussi le théâtre: ça aide à vivre.

Serge Lipszyc

 

On ne sait rien. Tchekhov cloue le bec à tous les donneurs de leçon. «Platonov» porte en lui tous les thèmes qui feront de  Tchekhov l’immense dramaturge que l’on connaît. 

La solitude,
le désoeuvrement,
le temps qui file,
les illusions perdues,
les filles à marier,
les séducteurs de province,
les femmes aimées et délaissées,
les propriétés prêtes à changer de main, les spéculateurs,
les affairistes,
le médecin de service,
l’humour ,
la terre,
le sang,
la boisson,
l’amour,
le désir,
la mort. 

Une étrange partition. 

Une tragédie lumineuse

Je suis une pierre sur la route. La pierre , il n’y a rien qui l’empêche, c’est elle l’empêchement.